C’est Jade Tailhandier, diplômée 2025 de l’Ensad Limoges, qui a été invitée du 12 novembre au 16 décembre en résidence au Lycée Martin Malvy de Cazères sur Garonne.
Dispositif Coup de pouce de l’Ensad Limoges et en partenariat avec la ressourcerie Récobrada.
Restitution le mardi 6 janvier à 16h30.
« Jade Tailhandier est une artiste pluridisciplinaire dont le travail est un écosystème mouvant et dissident. Elle utilise l’installation, l’écriture, la vidéo, la peinture, le dessin, la photographie, la céramique et la sculpture pour créer des artefacts qui racontent des histoires.
Dans une approche animiste et syncrétique, elle s’intéresse aux histoires portées par les objets : leur ancrage territorial, leur mémoire historique, leur potentiel symbolique.
Ces artefacts, souvent fabriqués à partir de matériaux recyclés, hybrident les esthétiques populaires du système D avec l’emploi de matériaux plus nobles tel que la porcelaine.
Jade s’intéresse aux espaces expérimentaux pour accueillir des formes de vie autres, en convoquant folklore, rêves, savoirs botaniques et rituels réinventés ou oubliés. Elle est traversée par le hopepunk, les pensées écoféministes, queer, pirate et décoloniale, autant de récits qui cherchent à faire émerger des alternatives. »
Jade a travaillé en ateliers avec les élèves de la section céramique et l’option arts plastiques du Lycée.
A partir d’un récit élaboré par les élèves, des personnages et des mondes ont émergés. Une installation en témoigne dans le grand hall du Lycée appelé « le nuage » par les architectes qui l’ont conçu. Quoi de mieux que de faire apparaitre des mondes dans un nuage. Hétérotopies paréidoliques.
« Feu-Naître est un village fictif aux multiples potentialités.
Né de la fusion du feu et de la naissance, il incarne un renouveau permanent.
Suspendu entre futur et passé, au fond d’une vallée oubliée, cet ancien village minier réhabilité semble flotter au-dessus de la terre, là où la magie persiste et où, lorsqu’elle agit, les âmes s’éveillent.
C’est un village de colporteurs, de passeurs d’idées. Dans leurs chariots, caddies ou remorques, ils transportent des maisons entières, parfois même des villages. Les idées y voyagent : pensées façonnées, modelées, puis envoyées vers d’autres contrées. Le mot colporteur vient du latin comportare, porter un lourd fardeau protégé par le coltin, cette armure de cuir pour le cou et les épaules.
Ici, construire ensemble, c’est allumer un feu.
Dans un Tetris arc-en-ciel, les histoires s’assemblent librement. Elles se superposent et se reflètent comme les facettes d’une boule à facettes, comme les mosaïques d’un imaginaire infini. À Feu-Naître, l’imagination longtemps enfermée s’est libérée ; les créatures ont appris à regarder au-delà de la vitre.
Ces créatures portent en elles des rêves qui nous déplacent vers des dimensions secrètes. Dans les remorques aménagées, on trouve de la terre, des plantes, des bâches de survie, des briques de terre-paille, des objets transformés, transmutés, du papier, de la céramique peinte ou émaillée, mais aussi des elfes, des sorcières, des centaures ou des fées. Des personnages dits imaginaires, qui ne le sont qu’à la distance qu’on leur impose.
Le Magic-Train de Feu-Naître est une entité à part entière.
Véhicule d’imaginaires mêlés, il contient des univers harmonieux ou accidentés, biscornus, tordus, … un enchevêtrement d’histoires, un chaos créatif organisé.
Cette composition alambiquée et volontairement aléatoire, à la portée des cœurs d’enfants aimants, c’est le Magic-Train qui s’arrête et n’a plus peur du jugement : il transporte l’amour, la lutte et l’espoir d’une utopie radicale. »
Jade Tailhandier
Un projet d’artiste occupe de l’espace, il peut bouleverser les habitudes, susciter des interrogations, parfois perturber le rythme quotidien. Mais c’est aussi une source inestimable d’idées nouvelles, une invitation à poser un regard différent sur le monde, à explorer des horizons inédits, souvent encore indéfinis, ne prenant forme qu’en image dans l’imaginaire de l’artiste avant de devenir des objets. C’est aussi une personne tierce, jeune et qui joue un rôle, non défini au départ, auprès des élèves qui vont la côtoyer. Exemple ou contre-exemple, image et icône d’un futur qui pourrait paraître enviable aux yeux de jeunes adultes en recherche de modèle, présence amicale et confidente, ou simple rencontre, expérience de l’altérité.
Jade Tailhandier est arrivée avec son monde, pleine d’élan créatif, déterminée à mener à bien ses ambitions artistiques. Elle a dû et su composer avec les emplois du temps de chacun, les horaires de cours, les contraintes matérielles.
Pour développer son installation « Faire village » elle a mobilisé l’idée de coopération, c’est-à-dire laisser sa place à chacun pour que ce village appartienne à tous. Ce village, proposé comme ambulant, monté sur des objets roulants, est un refuge aux proportions des infimes désirs personnels, des petits bricolages du réel, de miniatures de rêves, mais aussi une projection plus vaste de ce que pourrait être une société dans laquelle chacun trouverait sa place, aurait un rôle, une fonction, une reconnaissance. Monde nomade qui pourrait aller de lieu en lieu, annoncer l’arrivée d’une société nouvelle pour peu qu’on veuille bien jouer nous aussi à croire en l’avenir.
Maquette, carte mentale en 3 dimensions, voire crèche baroque iconoclaste peuplée de santons cosplay, Jade Tailhandier puise dans tous les registres formels et toutes les religiosités et rituels de notre monde contemporain, elle convoque une enfance de la génération Z, remodèle des jouets récupérés à la ressourcerie Récobrada, fabrique des grottes qu’elle couvre de paillettes et enfile les perles pour recréer des slogans informés des luttes nouvelles.
La profusion des formes, des matériaux, des gestes présents dans cette installation, l’esthétique kitch de princesse punk, le non-respect des conventions ainsi que l’aspect générationnel, peuvent nous déstabiliser. Mais ce sont autant de libertés ténues, des débordements de la pensée libre, des retours à l’enfance, à toutes les enfances, celles des petites manipulations, des petits tas, des contes et des rêveries, avant que la loi des adultes ne contraigne à l’efficace, que l’ordre et la raison s’imposent.
L’enfance est marginale.
Des histoires qui réparent et des cabanes qui abritent.
Ces histoires nous sauvent, et elles se prolongent plus tard dans nos vies.
Les garder vivantes c’est choisir de chérir l’enfant qui est en chacun de nous, celui qui s’émerveille encore.
Ce sont des petits gestes de chaman, de sorcières, de druides et de fées.
Ce sont des rituels de soin, des petites réparations.
Pas d’échelle de valeur non plus, pas de jugement sur la qualité d’une matière ou d’un objet. L’enfance ne doit pas connaître l’échec mais constamment le désir de faire, d’expérimenter et de rire d’un geste qui soudain crée la différence, l’incohérence, l’absurde, le nouveau.
Une production qui ne crée pas de consommation, un pur plaisir du faire.
Observez de plus près, chaque personnage, chaque situation, les matériaux et les matières. Dans le monde de Jade, tout cohabite, comme dans un monde idéal.
Merci à Barbu Bejan, à tous les professeurs et les élèves de la section céramique, qui ont su faire une place à l’artiste, lui offrir la possibilité d’aller au bout de son projet, en travaillant avec elle, en collaborant et d’avoir accepté son univers et ses projets artistiques.
Merci à Christine Viallet pour ses conseils toujours éclairés en matière d’émaux.
Un remerciement tout particulier à Céline Henry et aux élèves de l’option arts plastiques qui ont eux aussi, à cette occasion, développé un travail de recherches formelles autour de l’idée d’une société, malheureusement utopique, mettant les pratiques artistiques au cœur de son organisation.
Et merci une fois encore à Récobrada, partenaire de beaucoup de projet artistique, ceux de Pahlm mais aussi tant d’autres sur le territoire, qui permet aux artistes de puiser des ressources dans leur stock d’objets et de contribuer grandement à la décarbonation des productions artistiques des artistes invités par Pahlm.
C’est grâce à la patience, à la générosité et à l’implication de tous que ce projet a pu voir le jour et offrir aux élèves une expérience riche, porteuse de sens et d’ouverture.




































