Laura Blanche était en résidence à Récobrada du 2 mars au 3 avril 2026
Restitution/exposition au Lycée Martin Malvy jusqu’au 14 mai. Ouvert au public.
Avec la contribution des stagiaires Emylin, Maellys, Maelle, Sara, Cherine élèves du Lycée Martin Malvy à Cazères et Anouck étudiante aux Arts Déco à Paris, des bénévoles et salariés de Récobrada et des 5 familles d’accueil qui ont hébergé l’artiste pendant la résidence.
Participation à l’exposition des élèves de 1ère et terminale de l’option arts plastiques du Lycée.
Artiste textile, Laura Blanche transforme des tissus de seconde main en tableaux et formes cousues, où se mêlent mémoire, intimité et réparation. À partir de vêtements usés, draps anciens et chutes de tissus, elle compose un univers lumineux et sensible, entre pop et surréalisme.
Formée au graphisme et au motion design aux Gobelins, elle fonde d’abord Tuktuk Club, une marque de vêtements upcyclés alliant création textile et engagement écologique, avant de développer aujourd’hui une pratique artistique centrée sur le textile de réemploi, faisant du tissu un véritable langage narratif et émotionnel.
Il pleut des couteaux, mais au bout du chemin on aperçoit la lumière.
Laura Blanche a décliné, à partir d’une mythologie personnelle, un vocabulaire qui lui est propre.
La cigogne, qui dans nos contes porte la vie porte dialectiquement aussi la mort. Dans leurs becs elles ont transporté les nouveaux nés dans des baluchons à carreau, mais aussi les serpents dorés sous l’arche de la guérison. Le serpent des cultures andines qui creuse les rivières qui apportent l’eau de la vie mais aussi son poison. Mais le lamé doré et leurs petites langues colorées brisent le mauvais sort.
Les cigognes ici sont toutes sœur, sœur de tissus jolis cousus sur des rideaux au crochet, brise vue pour se protéger du regard extérieur qui agresse, peut-être déclinaison de la toxicité d’une société qui a toujours mal supporté la fragilité, les âmes sensibles, les anges.
Le paravent en est un autre exemple, sorte de protection mobile à activer dès que l’extérieur menace l’intérieur. Avec pluie de couteaux, pluie de vie et jeune femme ambiguë portant des stigmates diaboliques dialoguant avec des cygnes, figures mythologiques de la transformation du corps.
A côté de l’arche de la guérison, une cigogne s’envole. Signe que ça va mieux, que dans le partage, les gouttes de bienveillance on abreuvé les oiseaux empêchés que nous sommes. Que la confiance des humains autour de nous, comme autant de petites étoiles qui nous attendent pour s’allumer, a besoin de nos fragilités pour avoir une raison d’être et que nous avons besoin d’elle pour pouvoir exister vraiment.
Des tableaux en 3 dimensions, de la mousse de matelas pour le volume et un habit de tissus jolis comme habillage dont les ouvertures donnent à voir des éléments narratifs de l’enfance, sont suspendus dans le vide au-dessus du garde-corps. Un jeu de parcours, à portée du regard, qui mêle pierrot lunaire, couteaux, gouttes de pluie, lettre d’amour, secrets cachés, garde-cœur lorsque le nôtre est au bord du vide.
Une représentation de la chambre de l’artiste, celle chaque semaine changeante mais toujours protectrice qui l’accueillait pendant sa résidence chez les hôtes bénévoles, rapprochée du travail réalisé par les élèves de l’option arts-plastiques à qui elle avait suggéré la réalisation d’une maquette de chambre avec son monstre.
Il y a des couteaux qui menacent, mais des couteaux pailletés, magiques et leurs lames en tissu luminescent transforme le cauchemar en songe. L’enfant apeuré caché dans nos cœur peut s’en saisir pour tuer les dragons.
« Le sous texte du textile » :
(Texte est issu du mot latin « textum », dérivé du verbe « texere » qui signifie « tisser »)
Objet ritualisé à l’extrême, il peut tout dire de nous, raconter notre histoire, celle de l’humanité, celle des peuples, des territoires, celle de l’évolution de nos mœurs, le vêtement nous porte autant que nous le portons, dans l’ignorance de sa signification, dans le camouflage, dans la discrétion, comme dans l’ostentation et le discours de nous-même.
Mais voilà, la crise du textile avec la vague de la fast-fashion, met le doigt dans l’engrenage d’une machinerie capitaliste aux effets délétères et révèle le coût écologique, le coût humain et l’impasse de nos modèles de consommation.
Le réemploi, le recyclage, paraissait être la solution pour une consommation raisonnée, mais la crise de la filière industrielle du recyclage du textile, notamment, confirme l’obsolescence du modèle de production et de consommation qui se doit d’être repensé entièrement.
– 1,2 milliard de tonne de gaz à effet de serre émis par an (source : ADEME)
– Près de 100 milliards de vêtements confectionnés chaque année (source : ADEME)
– 50 millions de tonnes de filaments de fibres synthétiques produites par an (source : Textile network)
– 3e rang mondial pour la consommation d’eau (93 milliards de mètres cubes par an) (source : ONU (UNCTAD))
– Jusqu’à 19 000 litres d’eau pour produire 1 kg de coton (la culture du coton est l’une des plus gourmandes en pesticides) (source : Trademachines)
et délocalisation en masse des productions textiles dans des pays peu regardants du respect des droits humains.

























