Focus Chiara Scarpone

Résidence de Chiara Scarpone au Garage Portet de Palaminy.
Vous pourrez venir la rencontrer au garage du mardi 20 au samedi 24 septembre. Vernissage le samedi 24 à 10h.
Appel à don de dictons ou de proverbes ! Envoyez vos dictons ou proverbes à contact.pahlm@gmail.com (objet don de dicton). Ils seront en partie retranscrits, intégrés dans le mur dessiné de Chiara Scarpone.
Exposition du 24 septembre au 29 octobre
Du mardi au vendredi 9h – 12h, 14h – 18h et le samedi 9h – 12h.

L’artiste est invitée à investir des espaces : galerie, vitrine, espace extérieur, parking, au Garage Portet, 4 Avenue de Cazères, 31220 Palaminy (31).
La crise sanitaire nous a imposé l’idée que, lors des confinements à répétition, il nous fallait aussi continuer les rencontres avec les artistes et proposer des expositions visibles depuis l’espace public.
Le garage Portet à Palaminy est un lieu privé mais un espace offert aux « clients » qui deviennent le « public » d’une exposition.
Une grande vitrine qui fait échange puisque l’intérieur est visible de l’extérieur. Vitrine qui fait écran puisque l’artiste peut y intervenir et jouer d’un dialogue entre les espaces, y compris l’espace public qui peut être investi par l’artiste. Un espace pour le temps aussi. Le temps pour l’artiste de concevoir, le temps du repenti, le temps pour l’artiste de penser son travail avec le lieu, le temps bousculé aussi et le temps traversé, le temps de la résidence, passé à être présent.

« Le feu a permis à l’homme de se chauffer, de se protéger des bêtes sauvages, de coloniser de nouveaux territoires, de libérer de l’énergie et de la place pour son cerveau en facilitant sa digestion et en diminuant la taille de son appareil masticatoire… C’est au cours de ces heures grappillées à la nuit, lorsque l’obscurité lui interdisait de s’éloigner du foyer et de ses semblables, confronté à une oisiveté nouvelle, qu’il a pu échanger, converser, développer une pensée symbolique, échafauder les premiers mythes ».

Gwenn Rigal « Le temps sacré des cavernes »

Je suis née au Sud de l’Italie, dans un port au bord de la mer Adriatique.
Là-bas, on ne sort pas les après-midis d’été parce qu’il fait trop chaud. Le mauvais œil peut te rendre malade et il y a une statue de la Vierge dans presque chaque maison.
Là-bas, l’ennui est féroce. Pour y survivre, les gens racontent des histoires, contes et légendes ; ils chantent des chansons qui se transforment en passant de bouche à oreille. Cela constitue l’identité commune du village. J’ai toujours été fascinée par le pouvoir hypnotique de la tradition orale. Avec le temps, je me suis rendu compte qu’elle méritait une attention particulière qui trouverait son expression dans ma pratique artistique.
Mon identité graphique s’exprime la plupart du temps par des techniques de soustraction, par exemple à travers le scratchboard, dans lequel je gratte le noir pour faire surgir les images qui hantent mon univers.
La linogravure me permet de graver une trace dans la matière. Sa reproductibilité grâce à l’impression implique un processus de répétition obsessionnelle de signes et de symboles que je me suis appropriés et qui proviennent autant de l’art rupestre que du graffiti.
Le dessin a toujours été mon moyen d’expression préféré. Mon intention est d’aller au-delà de la dimension narrative de ce médium et de l’explorer au maximum de son potentiel en touchant à d’autres formes d’art visuel comme l’installation, la photo et la performance.
Je suis à la recherche des manifestations de l’inquiétude humaine, dont l’anthropologie et la culture populaire expriment la richesse. C’est un terrain fertile, dans lequel la tradition orale, la magie, la puissance des symboles, la violence castratrice de la religion ont traversé les temps pour s’installer dans le nôtre.

Je traduis à travers le dessin ce profond intérêt pour l’anthropologie avec l’intention de partager mes interrogations :
– Pourquoi et quand les êtres humains ont-ils eu besoin de développer la pensée symbolique ?
– Pourquoi cherchons-nous des réponses ?
– Comment ce sous-bois de symboles et de croyances coexiste-t-il avec notre époque ?

Quand je me promène en observant la beauté malade de la ville, rassurée par le confort de la modernité qui m’entoure, je me demande où se cachent nos peurs ancestrales : la mort, l’inconnu, la peur du féminin. Et en marchant, je regarde mon ombre et je me laisse surprendre par cette silhouette qui conserve quelque chose du singe…un singe avec une grande imagination.
Chiara Scarpone