“Collection” 4 expositions en prolongement de la résidence d’artiste de Lena Durr à Récobrada

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Collection

– Récobrada en extérieur.
Médiathèque du Fousseret . RDC et étage dans le cadre des activités habituelles de la médiathèque.
– Garage Portet de Palaminy dans la galerie et depuis l’espace public. Les garages restent ouverts pendant le confinement.
– Espace Angonia, Office du Tourisme à Martres Tolosane.  Ouvert du 19 mai au 26 juin, du mercredi au vendredi 9h30-12h30 / 14h30-17h – le samedi 14h30 – 17h.
Les lieux sont susceptibles d’être ouverts aussi hors des horaires d’ouverture lors d’animations locales.

Artistes invités pour l’exposition collective

 – Socheata Aing
Nwé Edenwé
Parures de clés sur mannequins issues de la performance éponyme.
https://socheataaing.wixsite.com/socheata/copie-de-le-contentieux-all%C3%A9g%C3%A9

– Clément RicheuxConvoi qu’on voit pas
22 camions miniature avec leur chargement
https://clementricheux35.wixsite.com/monsite/projet07

– Chloé Piot
Autodesign, roues de voitures miniatures/savon
Armoiries, objets de cuisine et toilette, colle
https://chloepiot.com/project/autodesign/

– Benoît Luisière
36 photos vue 1000 fois, journal
Les bols prénoms, installation
Ce qui compte, édition libre
http://www.fabula-rasa.fr/

Collectionneurs invités

– Thérèse et Marius Loze, Le Fauga
230 sables du monde entier
90 plaques minéralogiques

– Diego et Sébastien Napoleone, Mondavezan
Objets de la 2nd guerre mondiale, 300 casques
Voitures miniatures

– Marie Astrid Eard, Le Fousseret
Une partie de sa collection de 30 000 fèves
Une partie de sa collection de jouets Kinder depuis 1976

– Viviane Muscat, le Fousseret
500 briquets

“La collection fait partie de moi. Enfant, je ne jetais aucun des objets que je possédais ou trouvais. Je suis très attachée à leur présence et à ce qu’ils me renvoient, j’aime les avoir sous les yeux.
Il y a dans la démarche de collectionner l’idée de garder pour soi une partie du monde, de faire l’inventaire d’un fragment d’univers en vue d’une appropriation. Retenir dans le présent pour le futur, les éléments d’une période passée. Les objets que je collectionne sont liés de près aux personnes auxquelles ils ont appartenu (croyance, adoration, enfance, passe-temps, passion, vie…), ce qui leur procure une présence et une force particulière. J’attache une grande importance à l’origine de ces objets, à leur vie antérieure, à leur histoire. Je ne suis pas en quête de l’objet le plus unique que je pourrais trouver mais plutôt à la recherche d’une certaine quantité plus proche de l’abondance que de l’exclusivité. Collectionner est une façon d’accumuler, de rassembler et d’organiser avec passion.

Les œuvres que je propose trouvent leur origine dans ma collection d’objets émanant de la culture populaire, qui témoigne non seulement de la dérive vers une société de consommation qu’elle subit depuis la deuxième guerre mondiale mais aussi de sa résistance. Je rends compte de celle-ci dans une série de livres d’artiste qui montrent, de façon ordonnée et exhaustive, les différents objets qui la constituent. C’est dans ces collections que je puise l’essentiel des éléments qui contextualisent mes installations et mes mises en scène photographiques. Si l’on pourrait croire un instant à du reportage, on se rend vite compte que tout est factice. Ce sont des mises en scène où tout est pesé : les modèles et les lieux, qui ont fait l’objet de castings et de repérages, ainsi que les objets qui les entourent et qui les peuplent. Ancré dans cette tension entre culture populaire et culture savante, entre cité et campagne, entre l’adolescence et l’âge adulte, c’est un travail qui se place en lisière ; à la fois dans cet espace liminal des villes mais aussi en marge des cadres normatifs de la société actuelle.”
Lena Durr
Photo jointe : Lena Durr à Récobrada (image Gaël Guyon)

Au XXe siècle, l’objet, passé de la fabrication artisanale à la manufacture, devient production de masse. Des catalogues de vente par correspondance à partir de la fin du XIXe siècle jusqu’à la vente en ligne, l’objet ne cesse d’envahir notre quotidien jusqu’au surplus, au gaspillage et à l’impossibilité de traiter nos déchets ménagers et industriels. L’empreinte écologique de l’homme, déjà irréversible par essence, confine au suicide collectif avec la disparition systémique d’espèces et le réchauffement climatique. L’apparition d’une nouvelle géographie, écologie, les ruptures dans les écosystèmes (collines et creusement des zones d’enfouissement, 7ième continent de déchets plastiques dans le pacifique, disparition de certaines ressources, etc.) préoccupent et menacent. Une rudologie contemporaine en dirait beaucoup sur nos habitudes de consommateurs et notre aveuglement collectif.
Mais de nombreuses initiatives citoyennes, sociales et solidaires s’impliquent dans le traitement, la valorisation et le réemploi des déchets. Cette nouvelle économie militante, entre engagement social et écologique, vient proposer des solutions immédiates et appropriables tout en activant du lien social.
A partir de ces initiatives, une filière du réemploi se construit, diffusant à nouveau ces objets dans l’esprit d’une économie circulaire.
Une clientèle diverse achète dans les ressourceries, les Emmaüs, les glaneries, rassemblant à la fois, chineurs, consommateurs militants et collectionneurs. Quel nouveau rapport à l’objet s’instaure lorsque qu’il a eu plusieurs vies, accumulé plusieurs usages, a déjà subi des transformations ? De quoi l’investissons nous ? Le faible coût de ces objets ne conduit-il pas à de nouveaux comportements d’accumulation ?
Dans les ressourceries, des secteurs sont définis, dédiés à des familles d’objets qui sont eux-mêmes classés, rangés, empilés par catégories, pour des raisons d’agencement, d’optimisation d’espace et de rentabilisation des surfaces disponibles, liées à la gestion des stocks, aux flux d’objets. Ce sont des accumulations, mises en scène de tas, déjà possiblement vocabulaire plastique, mais pas encore des collections.
Être collectionneur et collectionner, part d’une intention. C’est réunir, rassembler, associer le semblable au sien, créer une famille d’objets, corpus de formes, ou déclinaison du même, catalogue désiré raisonné, voulu exhaustif, de choses diverses accumulées autour de la même fonction, du même usage, de la même pratique, du même nom, de la même histoire, synchronique ou diachronique.
Quel est l’origine d’une collection ? Quoi se cache sous ce désir d’accumulation systématique ? Quel en est le sous-texte ?
Les collectionneurs trouvent dans ces stocks d’objets divers de quoi compléter une série et s’y retrouvent aussi des brocanteurs dont l’œil aguerri décèlent celui qui peut être revendu. Des passions monomaniaques y naissent, des idées de transformation du monde, et des projets s’y construisent à partir d’objets qui ont perdu leurs usages domestiques, ou simplement notre affection, pour être alors réinvestis
N’y a-t-il pas aussi dans la recherche du collectionneur, à l’instar de la démarche de l’artiste, une réflexion sensible, une obsession, une concentration ultime à l’écoute d’un objet surinvesti, d’un sujet approprié, mais aussi des rituels, des échanges symboliques, puis un don de ce qui est produit par son exposition.

Lena Durr, portrait par l’objet

Pendant cette résidence Lena Durr à collecté les paroles des employés de Récobrada, leur a posé des questions sur l’objet, son sens, comment il intervenait dans leur vie. Ces paroles ont façonné des sensations. Avec la collaboration de chacun, ces sensations se sont muées en décors, par petits théâtres d’objets disposés au cœur de la ressoucerie. Ces décors photographiés se sont transformés en images, exposées en grands formats à même le mur extérieur de Récobrada. Exposition pudique et délicate des portraits de ceux qui œuvrent quotidiennement pour la vie de ce grand magasin solidaire.
Mais les décors ont été gardés puis ont servi à la conception d’un lieu pensé par l’artiste à l’étage de la Médiathèque du Fousseret. Portrait collectif, décor ou tous se retrouvent mis en scène, représentation par les objets assemblés de cette communauté riche de sa diversité.
Certaines images ont été dupliquées pour intégrer l’Espace Angonia de Martres Tolosane.
Au garage Portet c’est Patrick, employé très investi dans l’aide matérielle quotidienne aux artistes en résidence, qui a été photographié par Lena Durr et qui occupe un mur entier de la galerie.
Lena Durr fait des portraits. Ou plutôt des autoportraits en passant par le regard des personnes rencontrées. Elle cherche quelque chose d’elle-même dans l’autre et trouve en elle l’image de l’autre.
Dans son travail sont étroitement imbriqués :
La recherche sensible de l’objet-citation et l’émotion du passé enfoui au cœur fragile de l’objet obsolète. Le souvenir d’une enfance heureuse dans la maison familiale, dans ses dépendances hétérotopiques pleines des premières collections, des premières solitudes meublées et le constat d’une humanité égarée dans le cumul du matériel. L’observation de nos vies comme du mica, opaque aux insensibles, translucide aux regards attentifs, poli par un naïf « être au monde » généreux et joyeux.
Nous sommes faits de strates mal ajustées, d’épis de cheveux, d’incidents et d’accidents, nous sommes des schistes, nous sommes des roches volcaniques, parfois explosés à l’intérieur.
Mais dans les installations/portraits de Lena, nous devenons des jardins exubérants, des oasis luxuriants, des chambres d’enfants moqueurs, des greniers rêvés, des cachettes secrètes, des cabanes.
Cachés derrière l’extérieur des objets, nous ouvrons aux autres notre intérieur le plus doux, nous posons simplement des questions, nous sourions doucement à l’objectif.
Lena Durr défait le sort jeté sur les objets en déréliction accumulés dans la ressoucerie, puis elle leur crée un monde. Photographiant ce monde ou le re-présentant dans une installation, elle en fait un objet esthétique, elle y souffle une âme.
Cette sur-présence de l’objet devient un décor de l’absence.
Ex voto, il aura suffi d’une prière de l’artiste.
Un miracle en somme.

Carl Hurtin